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Le soleil décline lentement sur le golfe d'Ajaccio, nimbant les façades ocre de la cité impériale d'une lumière dorée qui annonce le spectacle à venir. À quelques encablures du port, un voilier glisse silencieusement vers l'ouest, cap sur quatre îlots de porphyre rouge émergeant des flots comme les derniers vestiges d'une Atlantide méditerranéenne. Cette navigation d'une dizaine de kilomètres entre Ajaccio et les îles Sanguinaires constitue l'une des expériences maritimes les plus envoûtantes de Corse. Courte en distance mais infinie en émotions, elle condense en quelques heures tout ce qui fait le charme de la navigation insulaire, la découverte d'une ville depuis sa plus belle perspective aquatique, la traversée d'eaux cristallines où se mêlent histoire et légendes, l'approche d'un archipel sauvage hanté par les oiseaux marins, et surtout, si la chance sourit au voyageur, l'assistance à l'un des plus sublimes couchers de soleil de Méditerranée. Embarquement immédiat pour une promenade maritime où chaque vague porte une histoire, où chaque rocher cache un secret.
Départ d'Ajaccio, La Cité Impériale Révélée par la Mer
Quitter Ajaccio par voie maritime, c'est découvrir la ville natale de Napoléon Bonaparte sous son jour le plus flatteur, celui que seule la perspective marine peut offrir. Le port de plaisance Tino Rossi, baptisé du nom de l'illustre chanteur ajaccien, constitue le point de départ naturel de cette escapade. Les pontons accueillent une flottille cosmopolite où se côtoient voiliers de passage, yachts luxueux, vedettes d'excursion et bateaux de pêche traditionnels aux coques bleues et blanches. L'animation matinale y bat son plein, marins préparant leur sortie, touristes s'installant sur les ponts des navires d'excursion, mouettes rieuses réclamant leur tribut auprès des pêcheurs débarquant leurs caisses argentées.
Le bateau s'éloigne doucement du quai, manœuvrant entre les rangées de mâts qui s'inclinent au rythme de la houle légère. La citadelle génoise, forteresse pentagonale construite à partir de 1492, domine fièrement le port historique. Ses murailles de pierre sombre, patinées par cinq siècles de vents marins et d'embruns, racontent l'histoire tumultueuse d'une ville qui fut vénitienne, génoise, française, anglaise brièvement, puis définitivement française. Depuis le pont du bateau, on mesure mieux la position stratégique de cette fortification, elle contrôle simultanément l'accès au port, la rade et l'ensemble du golfe. Les canons qui ornent encore ses remparts semblent pointer éternellement vers un ennemi disparu depuis longtemps.
Au-delà de la citadelle, la vieille ville d'Ajaccio déploie son architecture Belle Époque et ses immeubles haussmanniens aux façades ocre, jaune pâle et rose saumon. Le clocher baroque de la cathédrale Notre-Dame-de-la-Miséricorde, où fut baptisé le futur Empereur en 1771, se détache contre le vert profond des collines boisées qui encerclent la capitale corse. Plus loin, les quartiers modernes grimpent progressivement sur les pentes, témoignant de l'expansion démographique d'une ville qui compte désormais près de soixante-dix mille habitants. Cette perspective d'ensemble, impossible à saisir depuis les rues étroites du centre historique, révèle l'harmonie urbaine d'Ajaccio, une cité méditerranéenne parfaitement intégrée à son environnement naturel, dialoguant avec la mer d'un côté, avec la montagne de l'autre.
Le golfe d'Ajaccio lui-même mérite qu'on s'y attarde avant de filer vers les Sanguinaires. Cette vaste baie en forme de croissant, protégée des vents dominants par la presqu'île de la Parata à l'ouest et le cap de Porticcio au sud-est, offre des eaux généralement calmes où la navigation se révèle paisible même pour les marins débutants. La profondeur progressive des fonds – quelques mètres près du rivage, une vingtaine au centre du golfe – autorise tous les types d'embarcations, du kayak au yacht de haute mer. Cette accessibilité explique en partie pourquoi Ajaccio est devenu l'un des ports de plaisance les plus fréquentés de Corse, escale privilégiée pour les navigateurs faisant le tour de l'île ou traversant vers la Sardaigne.
En s'éloignant vers l'ouest, le regard embrasse progressivement l'ensemble du front de mer ajaccien. Le boulevard Lantivy, artère historique bordée de palmiers et de platanes centenaires, longe la plage Saint-François où se baignent les Ajacciens depuis des générations. Les cafés et restaurants qui jalonnent cette promenade invitent à la dolce vita méditerranéenne, cette capacité unique à savourer l'instant présent face à une mer étincelante. Plus au nord, le cours Napoléon, axe principal de la ville, aboutit à la place de Gaulle – localement appelée place du Diamant – où trône la statue équestre du Premier Consul. Tout Ajaccio semble converger vers la mer, s'offrir à elle, dialoguer avec elle dans une relation d'amour fusionnel que seules les grandes cités maritimes connaissent.
La Route Maritime de la Corniche, Entre Plages Secrètes et Villas d'Exception
Cap plein ouest, le bateau longe désormais la côte ajaccienne dans sa portion la plus élégante. Cette route maritime, parallèle à la célèbre route des Sanguinaires qui serpente sur les hauteurs, dévoile une succession de criques, de plages et de propriétés qui incarnent l'art de vivre méditerranéen dans ce qu'il a de plus raffiné. L'eau, d'une transparence cristalline, laisse voir les fonds sableux puis rocheux selon les zones, créant une palette chromatique qui oscille du turquoise laiteux au bleu cobalt profond.
La plage du Ricanto apparaît en premier, longue étendue de sable fin qui marque la limite nord-ouest d'Ajaccio. Son nom corse évoque un lieu de repos, de halte, ce qu'elle est effectivement pour les familles ajacciennes qui y passent leurs après-midis d'été. Depuis la mer, on aperçoit les parasols colorés, les serviettes disséminées sur le sable clair, les enfants pataugeant dans les vagues modestes qui viennent mourir sur la grève. Un terrain de beach-volley, quelques paillottes improvisées proposant boissons fraîches et sandwichs complètent ce tableau balnéaire typiquement méridional.
Puis viennent les plages plus confidentielles, accessibles principalement par bateau ou par des sentiers escarpés descendant de la route côtière. La plage de Barbicaja, nichée dans une anse protégée, offre un sable d'une finesse exceptionnelle où se mêlent grains blancs et particules de mica qui scintillent au soleil. Les pins maritimes descendent presque jusqu'au rivage, offrant une ombre précieuse aux rares privilégiés qui connaissent ce spot préservé. Mouiller dans cette crique permet une baignade dans des eaux peu profondes, idéales pour le masque et tuba, les fonds rocheux abritent girelles colorées, sars rayés, petits poulpes se cachant dans les anfractuosités, et parfois des bancs de mulets argentés filant comme des éclairs entre les rochers.
Les villas qui ponctuent ce littoral témoignent d'une histoire architecturale fascinante. Certaines remontent à la Belle Époque, lorsque l'aristocratie continentale découvrait les charmes de la Riviera corse. Leurs façades aux couleurs pastel – rose saumon, jaune d'or, blanc cassé – s'ornent de bow-windows et de balcons en fer forgé d'où les regards embrassent le golfe dans son entièreté. Les jardins en terrasses, plantés d'oliviers centenaires, d'agapanthes bleues, de lauriers-roses odorants et de palmiers exotiques, créent des écrins de verdure luxuriante qui contrastent avec l'aridité relative du maquis environnant. D'autres propriétés, résolument contemporaines, adoptent les codes de l'architecture méditerranéenne moderne, lignes épurées, grandes baies vitrées, piscines à débordement donnant l'illusion de se fondre avec la mer.
La pointe de Scudo marque une transition dans le paysage maritime. Le relief se fait plus marqué, les falaises gagnent en hauteur, la végétation se raréfie au profit d'une garrigue basse où dominent cistes blancs, lentisques et arbousiers aux fruits rouges. C'est le domaine du maquis authentique, cette formation végétale typiquement corse dont Napoléon disait pouvoir reconnaître sa terre natale les yeux fermés uniquement grâce à son parfum. Effectivement, lorsque le vent souffle de terre vers le large, il porte jusqu'au bateau des effluves d'immortelle, de myrte et de romarin sauvage qui embaument l'air marin d'une senteur à la fois puissante et délicate.
Le cap de Parata se profile désormais distinctement à l'horizon. Sa tour génoise, silhouette familière reproduite sur mille cartes postales et écrans de veille, se dresse au sommet du promontoire comme un phare de pierre guidant les navigateurs vers l'archipel mythique. Les îles Sanguinaires, encore floues dans la brume de chaleur qui monte de la mer en milieu de journée, gagnent progressivement en netteté. Leurs formes arrondies, sculptées par des millions d'années d'érosion marine et éolienne, créent une silhouette reconnaissable entre toutes, quatre dômes de porphyre rouge disposés en arc de cercle, sentinelles minérales montant la garde à l'entrée occidentale du golfe d'Ajaccio.
Les Îles Sanguinaires, Archipel de Feu et de Légendes
L'approche des îles Sanguinaires provoque invariablement une émotion particulière chez le navigateur. Ces quatre îlots inhabitables – Mezu Mare la plus grande, des Cormorans, Cala d'Alga et Porri la plus petite – émergent des flots avec une présence presque mystique. Leur nom évocateur a généré de nombreuses légendes. Certains l'attribuent à la couleur pourpre incandescente que le porphyre revêt au coucher du soleil, transformant les rochers en braises rougeoyantes. D'autres évoquent une colonie de lépreux qui aurait été reléguée sur ces terres inhospitalières au Moyen Âge, donnant naissance à l'appellation 'îles des Sanguinaires' – ceux qui saignent. La réalité géologique se révèle moins romanesque mais tout aussi fascinante, il s'agit de formations volcaniques anciennes composées de rhyolite rouge, roche magmatique caractéristique du massif cristallin corse.
Mezu Mare, l'île principale qui culmine à une cinquantaine de mètres au-dessus des flots, abrite plusieurs constructions témoignant d'une occupation humaine intermittente. Un sémaphore désaffecté, une petite chapelle dédiée à Saint-Antoine, quelques bâtiments ayant servi de lazaret au XIXe siècle pour les bateaux suspects de transporter des maladies contagieuses, ces ruines patinées par les embruns racontent l'histoire de marins, de guetteurs, de malades en quarantaine qui vécurent temporairement sur cet îlot battu par les vents. Alphonse Daudet, lors de son séjour corse en 1863, s'inspira de ces îles pour écrire son célèbre conte 'Le Phare des Sanguinaires', évoquant la solitude d'un gardien de phare sur ces terres isolées.
La faune aviaire constitue l'une des richesses majeures de l'archipel. Les goélands leucophées, espèce méditerranéenne aux pattes jaunes et au dos gris-bleu, ont établi ici l'une de leurs principales colonies corses. Leurs cris rauques, portés par le vent, créent une bande-son naturelle qui accompagne la navigation autour des îles. Les cormorans huppés, magnifiques oiseaux aquatiques au plumage noir brillant, ont donné leur nom à l'une des îles. On les observe souvent perchés sur les rochers émergés, ailes déployées pour sécher leur plumage après une plongée de pêche. Plus rares mais spectaculaires, les faucons pèlerins nichent dans les falaises abruptes de Mezu Mare, chassant les passereaux migrateurs qui font escale sur les îles lors de leurs trajets saisonniers entre Europe et Afrique.
La flore des Sanguinaires témoigne d'une remarquable adaptation aux conditions extrêmes, pauvreté du sol rocheux, exposition permanente aux vents marins chargés d'embruns salés, chaleur intense l'été, relative aridité malgré la proximité de la mer. Seules les espèces les plus résistantes survivent ici, criste marine aux feuilles charnues, statice aux fleurs violettes, fenouil marin dont les ombelles jaunes parfument l'air d'une odeur anisée. Au printemps, la floraison des cistes blancs et des immortelles jaunes tapisse brièvement les îles de couleurs avant que le soleil d'été ne brûle la végétation.
Naviguer lentement autour des îles permet d'apprécier les variations géologiques de chaque îlot. Mezu Mare présente des falaises verticales sur sa face ouest, exposée à la houle du large, tandis que sa face est offre des pentes plus douces où l'accostage demeure possible par mer calme. Les trois autres îles, plus petites, révèlent des formes curieusement arrondies, comme si des géants avaient poli ces dômes de pierre pendant des millénaires. Les passes entre les îles, étroits chenaux où les courants se font sentir, requièrent attention et respect, l'eau y accélère, crée des remous, et les rochers affleurants peuvent surprendre le navigateur inattentif.
La plongée avec masque et tuba dans les eaux entourant les Sanguinaires révèle un monde sous-marin d'une richesse insoupçonnée. Les fonds rocheux de porphyre, continuité sous-marine des îles émergées, créent un paysage minéral sculpté de crevasses, d'éboulis et de blocs erratiques. Les anémones de mer, pieuvres à tentacules multicolores, colonisent les parois ombragées. Les mérous bruns, poissons nobles devenus rares sur de nombreux littoraux méditerranéens, trouvent ici des refuges préservés. Les sars, daurades, bogues et castagnoles nagent en bancs près de la surface, tandis que dans les anfractuosités se cachent murènes et congres. Les prairies de posidonies, cette plante marine endémique de Méditerranée qui n'est pas une algue mais une véritable plante à fleurs, s'étendent sur les fonds sableux entre quinze et trente mètres de profondeur, créant des herbiers essentiels à l'équilibre écologique.
La Tour de la Parata, Sentinelle Génoise Face au Large
Avant ou après la circumnavigation des Sanguinaires, l'escale à la pointe de la Parata s'impose presque naturellement. Ce promontoire rocheux, extrémité occidentale de la chaîne montagneuse qui structure le golfe d'Ajaccio, plonge dans la mer en falaises vertigineuses de granit noir. Au sommet, à quatre-vingts mètres d'altitude, la tour génoise monte une garde éternelle, dernière d'une longue chaîne de tours qui ceinturait jadis tout le littoral corse.
Cette tour, construite en 1608 sous l'autorité de la République de Gênes alors maîtresse de l'île, faisait partie d'un système défensif d'une ingéniosité remarquable. Chaque tour communiquait visuellement avec ses voisines, en cas de danger – navire barbaresque aperçu, débarquement suspect, raid corsaire – des feux étaient allumés qui transmettaient l'alerte de tour en tour, permettant de prévenir rapidement l'ensemble du littoral. Depuis la Parata, on pouvait surveiller non seulement le golfe d'Ajaccio mais aussi la côte sud jusqu'au golfe de Valinco, et la côte nord jusqu'au golfe de Sagone. Cette position stratégique explique que la tour ait été maintenue en activité jusqu'au XIXe siècle, bien après la fin de la menace barbaresque.
Aujourd'hui restaurée et ouverte au public, la tour de la Parata offre depuis son sommet un panorama époustouflant. Vers l'est, tout le golfe d'Ajaccio se déploie, avec la ville étalée au fond de la baie, les collines boisées montant à l'assaut des premiers contreforts montagneux, et par temps très clair, les sommets enneigés du Monte d'Oro culminant à plus de deux mille trois cents mètres. Vers l'ouest, les îles Sanguinaires composent leur tableau minéral sur fond de mer infinie. Et au-delà, vers le nord-ouest, par visibilité exceptionnelle, se dessinent les côtes de la Sardaigne italienne, lointaine sœur insulaire distante d'une centaine de kilomètres.
Depuis le bateau mouillé au pied de la Parata, la tour se découpe sur le ciel avec une majesté intemporelle. Les genévriers couchés par le vent, les cistes accrochés aux pentes rocheuses, les oiseaux de mer tournoyant autour du promontoire créent un tableau vivant où nature et patrimoine historique dialoguent harmonieusement. Le sentier de randonnée qui monte depuis le parking aménagé au bout de la route des Sanguinaires serpente sur les flancs de la pointe, offrant aux marcheurs terrestres des points de vue spectaculaires sur l'archipel et le large. Pour le navigateur qui observe cette scène depuis la mer, c'est l'occasion d'imaginer les guetteurs génois scrutant l'horizon des journées entières, la solitude de leur fonction, l'importance vitale de leur vigilance pour la sécurité des populations côtières.
Les eaux au pied de la Parata méritent également exploration. Les rochers affleurant à faible profondeur créent des zones de turbulence où les vagues se brisent avec force les jours de vent, générant des jeux d'écume blanche contrastant avec le noir du granit et le bleu profond de la mer. Par mer calme, ces mêmes zones deviennent paradis pour la plongée, la richesse des fonds rocheux attire une faune dense, et la clarté de l'eau permet d'observer le ballet sous-marin jusqu'à quinze mètres de profondeur. C'est aussi un spot réputé pour la pêche, particulièrement au lever du jour quand les sars et les daurades chassent près des rochers.
Les Différentes Expériences de Navigation, Choisir Sa Promenade Maritime
La traversée d'Ajaccio aux îles Sanguinaires peut s'envisager sous de multiples formes, chacune offrant une expérience distincte adaptée aux attentes et budgets variés des visiteurs. Cette diversité constitue l'une des forces de cette excursion emblématique du golfe ajaccien, elle demeure accessible à tous tout en permettant des déclinaisons haut de gamme pour les voyageurs en quête d'exclusivité.
Les vedettes d'excursion au départ d'Ajaccio représentent l'option la plus démocratique et la plus fréquentée. Ces bateaux de taille moyenne, pouvant accueillir entre cinquante et cent cinquante passagers, effectuent plusieurs rotations quotidiennes durant la saison estivale. Le départ se fait généralement du port Tino Rossi, la traversée dure environ quarante-cinq minutes, et les navires font le tour complet de l'archipel avant de rentrer au port. Un commentaire en plusieurs langues – français, italien, anglais parfois – enrichit la promenade d'explications historiques, géologiques et anecdotiques. Cette formule conviendra particulièrement aux familles, aux groupes d'amis, ou aux voyageurs souhaitant une première approche accessible des Sanguinaires sans complications logistiques.
La location de voilier avec skipper propose une expérience radicalement différente, plus intime et authentique. Les loueurs ajacciens disposent d'une flotte variée, du petit voilier de huit mètres au maxi-voilier de quinze mètres pour des groupes plus importants. Le skipper, généralement un Corse passionné de navigation et excellent conteur, personnalise l'excursion selon les désirs du groupe, naviguer aux voiles dans un silence propice à la contemplation, mouiller dans une crique déserte pour une baignade prolongée, s'approcher lentement des Sanguinaires pour maximiser l'observation ornithologique. Cette formule permet aussi d'adapter la durée, d'une demi-journée à une journée complète avec déjeuner à bord, voire une sortie crépusculaire spécialement programmée pour assister au légendaire coucher de soleil.
Le yacht privé avec équipage complet incarne le summum du luxe maritime. Les loueurs spécialisés d'Ajaccio proposent des embarcations d'exception équipées de tout le confort moderne, cabines climatisées, salon-bar, plateforme de baignade hydraulique, équipements de sports nautiques (paddle, kayak, équipement de plongée). Le chef cuisinier embarqué prépare un déjeuner gastronomique à base de produits corses – langoustes grillées, poissons nobles, charcuterie artisanale, fromages insulaires, vins d'appellation – servi sur le pont arrière face aux Sanguinaires. Cette option, naturellement plus onéreuse, s'adresse aux couples en voyage de noces, aux groupes d'amis célébrant un événement, ou aux voyageurs habitués au luxe maritime qui souhaitent découvrir les Sanguinaires dans un cadre d'exception absolue.
Les kayaks de mer et stand-up paddles offrent une alternative sportive et écologique aux embarcations motorisées. Plusieurs loueurs installés sur les plages de la route des Sanguinaires proposent ce matériel à la demi-journée ou à la journée. La traversée en kayak depuis Ajaccio jusqu'aux îles, soit environ dix kilomètres aller-retour, requiert une condition physique correcte et une mer relativement calme. Mais l'effort est récompensé par une proximité totale avec l'élément marin, un silence absolu troublé uniquement par le clapotis de la pagaie, et la fierté d'avoir accompli cette petite odyssée par ses propres moyens. Cette formule séduit particulièrement les voyageurs sportifs, les amateurs de slow tourism, et ceux qui privilégient l'expérience physique à l'observation contemplative.
Le Coucher de Soleil Légendaire, Apothéose Chromatique
Parler des îles Sanguinaires sans évoquer le coucher de soleil relèverait de l'hérésie. Ce phénomène quotidien, répété depuis des millénaires mais toujours unique, constitue l'un des spectacles naturels les plus célèbres de Corse. Les photographes du monde entier ont immortalisé cette scène, le disque solaire rougeoyant descendant lentement vers l'horizon, se posant quelques instants sur la silhouette découpée des îles, avant de s'abîmer dans la mer dans une explosion de couleurs flamboyantes.
Depuis le bateau mouillé entre la Parata et les Sanguinaires, le spectacle se déroule avec une lenteur majestueuse. Une heure avant le coucher proprement dit, la lumière commence à changer. Le bleu intense du ciel d'après-midi se teinte progressivement de nuances plus chaudes, jaune pâle à l'horizon, puis orange, puis rose. La mer capte et reflète ces variations chromatiques, créant un immense miroir liquide qui démultiplie les couleurs célestes. Les îles, jusque-là rouge sombre, commencent leur métamorphose, elles virent lentement au pourpre, puis au vermillon, puis à ce rouge incandescent qui justifie leur nom.
Le moment précis où le soleil touche l'horizon provoque toujours un silence respectueux parmi les observateurs. Même sur les vedettes bondées de touristes, les conversations s'éteignent. Chacun se concentre sur ce dialogue cosmique entre l'astre du jour et la ligne d'horizon, contemplant ce qui est à la fois le plus banal – un coucher de soleil, phénomène quotidien universel – et le plus extraordinaire – cet instant précis, en ce lieu précis, ne se reproduira jamais exactement à l'identique. Les photographes déclenchent frénétiquement, tentant de capturer l'incapturable, de figer l'instant éphémère. Les couples s'enlacent, les solitaires méditent, les enfants pointent du doigt les changements de couleurs.
La descente du soleil derrière les îles dure à peine deux minutes, mais ces cent vingt secondes concentrent une intensité émotionnelle disproportionnée. Le porphyre des Sanguinaires atteint son incandescence maximale, les rochers semblent littéralement brûler de l'intérieur, irradier une lumière propre qui prolonge celle du soleil disparu. Le ciel explose alors en un feu d'artifice chromatique, orange intense au ras de l'horizon, rose flamand au-dessus, mauve violet plus haut encore, et enfin le bleu profond de la nuit qui descend de l'est, chassant progressivement les dernières lueurs diurnes.
Après le coucher, lorsque le soleil a définitivement basculé sous l'horizon, débute ce que les photographes appellent l'heure bleue. Le ciel conserve une luminosité diffuse qui teinte toute la scène d'un bleu électrique, presque irréel. Les îles redeviennent des silhouettes noires découpées sur ce fond luminescent. C'est le moment où les feux de position s'allument sur les bateaux, où les premières étoiles percent la voûte céleste, où le phare de la Parata commence sa ronde nocturne, envoyant son faisceau régulier balayer la mer obscurcie. La navigation retour vers Ajaccio, dans cette semi-pénombre crépusculaire, offre une dernière émotion, les lumières de la ville qui s'allument progressivement dessinent les contours urbains, transformant la cité impériale en constellation terrestre reflétée par la mer calme.
Dix kilomètres seulement séparent le port d'Ajaccio des îles Sanguinaires. Une distance dérisoire à l'échelle des océans, un jet de pierre dans l'immensité maritime. Pourtant, cette courte traversée condense tant de beautés, tant d'émotions, tant de rencontres avec la nature insulaire qu'elle s'inscrit durablement dans la mémoire des voyageurs qui l'accomplissent.
Cette promenade maritime incarne parfaitement l'esprit corse, une nature puissante et préservée à quelques encablures d'une ville moderne, une histoire riche inscrite dans les pierres des tours génoises, une beauté sauvage qui refuse de se laisser apprivoiser complètement. Partir d'Ajaccio, cité impériale tournée vers la Méditerranée, pour rejoindre ces îlots désolés où seuls règnent le vent, les vagues et les oiseaux marins, c'est accomplir un voyage initiatique miniature, une odyssée concentrée qui mène du monde civilisé aux confins sauvages en moins d'une heure de navigation.
Que l'on choisisse la vedette d'excursion familiale, le voilier romantique, le yacht luxueux ou le kayak sportif, que l'on préfère la lumière crue de midi révélant chaque détail géologique ou l'embrasement crépusculaire sublimant les porphyres rouges, chaque navigation vers les Sanguinaires devient unique. Elle porte en elle la promesse d'un émerveillement que ni les photos ni les récits ne peuvent vraiment transmettre, celui qui naît de la confrontation directe avec la beauté naturelle à l'état pur.
Les îles Sanguinaires attendent, immuables et changeantes à la fois, leur robe de pierre se parant différemment selon l'heure et la saison, mais leur essence demeurant éternellement identique. Depuis Ajaccio, la cité qui les contemple chaque jour depuis des siècles, il suffit de lever l'ancre et de suivre le cap du soleil couchant pour les rejoindre. Le golfe impérial ouvre ses bras maritimes aux voyageurs curieux, leur offrant généreusement l'une des plus belles promenades en mer de Méditerranée.